La collection de Sergueï Chtchoukine enfin réunie par la fondation Louis Vuitton, du 22 octobre au 20 février 2017

La fondation Louis Vuitton rend hommage à la collection de Sergueï Chtchoukine, collectionneur et mécène visionnaire, qui acheta, au début du siècle dernier, de Renoir à Picasso, une myriade de chefs-d’oeuvres.

Aujourd’hui partagée entre le musée Pouchkine de Moscou et le musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg, la collection est enfin réunie, grâce à cette exposition historique.

Sergueï Ivanovitch Chtchoukine nait à Moscou le 27 mai 1854 et meurt à Paris, le 10 janvier 1936. Son père, Ivan Chtchoukine, grossiste en textiles, crée la firme Chtchoukine & Fils et fait fortune.

Sergueï brille lui aussi dans les affaires, au point d’être surnommé « ministre du commerce » par ses contemporains moscovites. L’amour lui porte également chance : la belle Lydia Koreneva, qu’il épouse en 1884, est presque plus riche que lui.

A la naissance du premier enfant, un fils, le grand-père Ivan offre à l’heureux ménage : le palais Troubetskoï, somptueux hôtel particulier, à deux pas du Kremlin.

C’est là que naîtra la collection d’art moderne de Sergueï qui, pour couronner sa réussite économique, y ajoutera ce qui est à l’époque le symbole de la réussite sociale : une collection d’art.

D’ailleurs toute la famille collectionne ; l’oncle Petrovitch Botkine est surnommé le « Medici de Moscou ». Piotr, l’un des frères de Sergueï, s’éprend d’antiquités de toutes natures, un autre, Dimitri, est féru de peinture flamande.

Mais c’est le cadet de la fratrie, Ivan qui s’intéressera le premier à l’art moderne français, initiant ainsi son aîné, Sergueï.

Installé à Paris, il reçoit fréquemment Auguste Rodin. Sergueï, venu rendre visite à son jeune frère, achètera son premier Monet en 1898 : Les Rochers de belle-île.

Ensuite la manie du collectionneur prend l’homme ; de 1898 à 1908 la collection de Sergueï Chtchoukine compte treize Monet, dont la version complète du Déjeuner sur l’Herbe, huit Cézanne, dont Mardi Gras, seize Gauguin tahitiens, quatre Van Gogh, trois Renoir, cinq Degas, quatre Maurice Denis, deux Puvis de Chavannes …

Cette première phase de la collection fait de Sergueï une des personnalités en vue du monde artistique moscovite ; collectionneurs, critiques d’arts et jeunes artistes, tous veulent pénétrer le palais Trubetzkoy.

Mais en 1905 le malheur entre dans la famille ; Sergueï perd un fils en 1905, puis sa femme en 1907.

Pendant ces années de deuil le collectionneur n’achète plus ; il part en pèlerinage dans le désert du Sinaï. Le voici dans le monastère orthodoxe de sainte Catherine, au pied du Djebel Moussa : le Mont de Moïse.

Dans la chaleur au milieu des bédouins, des chameaux et des mouches, les moines montrent au milliardaire le buisson ardent ; pour son salut l’un d’entre eux est passionné d’art, et Sergueï abandonne le désert pour Paris.

Ambroise Vollard l’emmène rendre visite à des amis : Léo et Gertrude Stein. Dans leur appartement de la rue de Fleurus, ils ont accrochés les toiles de jeunes inconnus : Matisse et Picasso. Sergueï est fasciné ; trente-sept toiles de Matisse rejoindront la collection Chtchoukine : La Chambre rouge, Les Natures mortes espagnoles, La nymphe et le satyre, Le nu en noir et or, Le café marocain, Le portrait de madame Matisse, etc.

Les deux hommes deviennent amis : Sergueï discute avec Matisse peignant, et les toiles, à peine sèches, sont emballées pour Moscou.

Pour 36 000 francs or (environ 100 000 €), Sergueï lui commande en avril 1909 deux panneaux géants de quatre mètres sur deux : La Danse et la Musique, aux mesures de l’escalier du palais Trubetzkoy. Grâce à ce nouveau mécène, Matisse loue une maison à Issy-les-Moulineaux et y fait construire un atelier.

Trois mois plus tard, Chtchoukine achète son premier Picasso : Le portrait avec l’éventail qui, dit-il, « lui donne l’impression de mâcher du verre pilé » mais dont la modernité affadit le reste de la collection.

Cinq ans plus tard, Sergueï a acquis 50 oeuvres du maître, réparties en 36 cubistes et 14 tableaux et dessins de la période bleue.

Matisse au palais Trubetzkoy a provoqué un tollé général à Moscou, avec Picasso c’est bien pire.

L’opinion publique s’accorde pour conclure à la folie ; d’ailleurs, après la mort de son fils aîné et de sa femme en 1907, Sergueï a perdu un second fils en 1910 : le pauvre homme aurait perdu la tête ?

Non, car en matière d’art il est infaillible. Dès 1911 Matisse détesté est à présent encensé à Moscou, et l’on se presse au palais, dont les portes sont désormais ouvertes au public.

La nouvelle génération artistique russe sera subjuguée par cette incroyable collection ; Tatline, Petrovkine, Grigoriev, Malevitch y puisent leur inspiration.

Sergueï travaille à la création d’un « Musée Chtchoukine », on envisage une grande exposition Picasso mais, en ce printemps 1914, la guerre interrompt brutalement les rêves du collectionneur.

La révolution d’octobre épargne la famille Chtchoukine : l’aura du visionnaire de la modernité sauve un temps le milliardaire qui, prudent, quitte clandestinement la Russie en août 1918.

Il est parvenu à placer ses fonds en Suède mais les biens meubles : le palais et la collection sont définitivement abandonnés.

Le 9 novembre 1918 Lénine proclame : « La Galerie d’art de Sergueï Ivanovitch Chtchoukine propriété publique de la République socialiste fédérative de Russie ».

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